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​​​“Donnybrook is one of the most innovative housing projects to be undertaken in the UK for decades…

​it is not impossible to imagine that in 10 years time, Donnybrook might be remembered as a significant turning point in the culture of British housing provision”​

 

-Ellis Woodman, Building Design Magazine

Donnybrook

Arrondissement Tower Hamlets, Londres

Peter barber architects, 2005

Projet lauréat d’une compétition organisée en 2002 par la filiale « Circle 33 housing association », propriétaire de plus de 16000 logements dans la région de Londres, le quartier de Donnybrook est un développement mixte de bas hauteur et de haute-densité qui a été largement reconnue comme étant une réussite sur le plan urbain par les divers médias et critiques du domaine de la construction en Angleterre.


Avec une densité de 111 logements par hectare, le projet est constitué de 40 logements dont 75% ont été vendus en condos et 25% sont des logements à prix abordables. Il est localisé à l’extrémité Est de la ville de Londres dans le quartier de Bow de l’arrondissement de Tower Hamlets. Le quartier résidentiel fut développé au 19e siècle et il était caractérisé par une majorité de logements de type mitoyen (terraced house). L’arrondissement fut cependant dévasté lors de la deuxième guerre mondiale et l’effort de reconstruction, jumelé à une énorme demande de logements abordables dû à la surpopulation de l’endroit, donna naissance à de nouvelles constructions telles que les post-war blocks.Heureusement, certaines maisons mitoyennes ont été épargnées et d’autres ont fait leur apparition à travers les décennies, dont celles de Donnybrook. Le projet de Donnybrook est un prototype qui s’appuit sur une nouvelle volonté urbaine fondée par l’ « Urban Taskforce » et la mise en place subséquente de  l’ « Urban White Paper » par la ville de Londres en réponse aux pratiques urbanistiques et sociales d’après-guerre. Une analyse critique sera abordée à l’aide de la méthode Bentley afin d’approfondir les éléments à l’échelle mezzo et micro qui ont valu à ce projet les louanges des médias d’une part et la critique de certains citoyens de l’autre.

 


 

Perméabilité du projet


Selon l’architecte Peter Barber, le concept de perméabilité est la prémisse de base pour le projet de Donnybrook1. L’îlot est habilement divisé en trois par un passage piétonnier afin créer deux nouvelles bandes de pertinences symétriques et deux nouvelles bandes de pertinences en réponse aux arrières cours des îlots voisins. Les perméabilités visuelles et les perméabilités physiques créées par les accès individuels aux logements à travers l’îlot permettent d’éviter les problèmes de sécurité souvent liés à une ségrégation entre les piétons et les véhicules. Elles n’arrivent pas cependant à procurer une interface semi-privée aux logements situés au rez-de-chaussée, et ceci malgré la présence de petits arbres situés aux limites publiques/privées. 
La transition entre espace public et espace privé est inexistante. Les utilisateurs au rez-de-chaussée ainsi qu’à l’étage ont répondu à ce manque par l’installation de rideaux opaques et fermés en permanence sur l’espace public de la rue, lui enlevant par le fait même sa richesse sociale et procurant un espace intérieur privé et sombre.
 

 

Variété du projet


Dans le but d’augmenter l’activité socio-économique du secteur et ainsi que l’activité piétonnière à l’intérieur de l’îlot, Peter Barber prévoit l’incorporation d’espaces à vocation commerciale tôt dans l’élaboration du concept1. Les fonctions mixtes résidentielles  et commerciales ont été positionnées stratégiquement le long de l’artère principale du secteur. Une clinique de chirurgie, initialement prévu à l’entrée Est de l’îlot fût malheureusement abandonnée tard dans le processus de conception. Aucun espace dédié au stationnement n’a été prévu. En revanche, une étude effectuée sur « Space Synthax » montre clairement une forte utilisation du transport en commun par les résidents de Donnybrook.Il est possible de voir que durant la journée, il y a effectivement un achalandage plus marqué aux alentours du secteur commercial de l’îlot où l’on retrouve une boutique de mode, une clinique d’esthétisme et un dépanneur situé sur le coin, tous des commerces qui enrichissent l’activité socio-économique d’un cartier.

 

 

Justesse visuelle et richesse du projet


En apparence, l’architecture de Donnybrook semble avoir été commutée par erreur d’un projet des îles grecques. Sa couleur blanche et son découpage cubique contraste avec son entourage. Par contre, après l’effet visuel initial estompé, on observe que les éléments architecturaux retrouvés dans la conception de l’enveloppe de Donnybrook se retrouvent presque tous dans les bâtiments voisins. Confronté aux élévations voisines, l’emplacement en apparence aléatoire des fenêtres en bois et en cuivre procurent au projet une richesse visuelle ainsi qu’une facture contemporaine. Les fenêtres en bois teint brun/rouge subdivisées par les meneaux, les fenêtres en saillies (bay windows), les pavés piétonniers, les bolards, le crépis blanc et les bâtiments en coins arrondis sont tous des éléments architecturaux qui marquent le quartier de BOW et qui se retrouvent dans le projet

 

 

Lisibilité du projet


Peter Barber indique qu’il veut ré-établir le design urbain du secteur et établir une connexion proche et directe avec ses rues afin de susciter un nouveau type de design résidentiel1. Le projet se lit comme étant un véritable empilage horizontal monolithique d’habitations résidentielles. Une hauteur de trois étages  a été respectée dans la majorité du projet afin de respecter le gabarit retrouvé ailleurs dans le secteur immédiat. Ceci renforce clairement la lecture résidentielle du projet. De la rue, l’axe nord-sud du projet, fortement encadré par un ratio largeur rue/hauteur bâtiment de 1.25, se bute à l’espace/place publique. L’axe est-ouest possède quant à la qualité unique d’offrir à la fois une bonne lecture de la place située à l’intérieur de l’îlot et de diriger par le fait même le piétonnier vers le secteur résidentiel voisin. Finalement, le cadre bâtit structurant la périphérie et l’intérieur de l’îlot jumelé à l’utilisation du matériau uni de l’enveloppe, crée un encadrement spectaculaire à l’échelle du quartier. Le contrôle avec laquelle la densité se distribue à travers le site et les volumes qui eux interagissent de façon sensible avec l’entourage immédiat constitue indéniablement un des points fort du projet.


 

 

Cette notion semble particulièrement adaptée à la critique de ce projet car l’architecte cite la place « Jemaa El Fna à Marrakech » comme influence. Cet endroit déborde d’activités socio-économiques. Telle qu’illustrée dans « responsive environments », sa limite d’espace est arborée de petits commerces qui eux alimentent l’activité socio-économique au centre de la place, ce qui lui procure du succès comme place populaire. Il est difficile d’imaginer un tel succès à l’intérieur de l’ilot de Donnybrook. La limite de l’espace est définie par le mur extérieur des logements où se succèdent les espaces réservés aux chambres ainsi que les portes d’entrées principales toutes situées au même niveau que l’espace public. Ce sont des fonctions qui animent rarement les activités sociales. L’absence de transition entre l’espace public et privé, discutée plus tôt, est en partie responsable. Il est difficile d’imaginer cet espace autrement qu’un lieu de transition. Par contre, la limite de l’espace commercial, avec ses grands murs vitrés, redouble de potentiel. On peut facilement s’imaginer un café animé par une terrasse à l’avant.



Le projet est caractérisé par trois types de logements: la maisonnette, la maison de ville et le commerce habitable. L’espace est minimalement divisé, tel que dicté par les tendances d’aujourd’hui, ce qui lui procure un maximum de robustesse. La terrasse extérieure, pouvant servir à la fois de jardin ou de cour, propre à presque tous les logements demeure un avantage majeur par rapport à la densité du projet. Ceci augmente énormément la robustesse des logements. La structure du bâtiment a été conçue de façon à ne pas comporter de colonnes à l’intérieur des logements. Les espaces sont généreusement fenestrés, mais tel que discuté plus tôt, généralement obturés par d’épais rideaux. Plusieurs fenêtres ont été conçues en saillies et permettent, grâce à leur large tablette, d’exposer certains éléments propres à l’occupant telles que les plantes. Seules les ouvertures qui donnent sur les terrasses des logements situés aux étages bénéficient d’assez de « privacité » pour permettre l’ouverture occasionnelle des rideaux.

Comment l’activité des occupants peut-elle animer l’espace public si l’occupant tente par tous les moyens de s’en couper? Ceci m’amène à revoir les prémisses conceptuelles de base du projet, telles qu’indiquées par Peter Barber :



1-Utiliser les besoins du programme et les conditions compactes du site pour créer un nouveau modèle de bâtiment résidentiel mixte de haute-densité.


2-Créer un projet qui renforce l’espace de la rue, générateur principal de la vie sociale et économique de la ville.


3-Utiliser les maquettes physiques afin de tester les différentes permutations de logements et se faisant, élaborer des techniques de construction moins coûteuses.


4-Concevoir le résidentiel de la rue vers l’intérieur pour ensuite permettre aux utilisateurs d’adapter et de changer les espaces.

 

 

sources:

1. Riba : 14 : Low rise, high density urbanism at Donnybrook Quarter, Peter Barber, Peter Barber Architects. 2007
2. Output 3 (design), Donnybrook, Peter Barber, Westminster, RAE 2008, RA2 – H30
3. Donnhbrook Housing by Peter Baber, Building online, Ellis Woodman, 2006
4. Marbella on the thames, The guardian, Steve Rose, 2006
5. Single Aspect’s Blog, Donnybrook Quarter, www.singleaspect.org.uk, 2010
6. History of london, rebuilding London WW2, www.history.co.uk
7. Responsive Environments, bentley Alcock Murrain Mcglynn Smith, 1985
8. Google Earth
9. Bing Maps

Robustesse et personnalisation du projet


Peter Barber indique que la robustesse et la personnalisation sont des valeurs fondamentales lors de la conception de ses projets. Ici, il prend son influence d’une citation de Walter Benjamin : « The passion for improvisation demands that space ans opportunity be at any price preserved. Buildings are used as a popular stage, they are all divided into innumerable simultaneously animated theaters: balcony, courtyard, window, gateway, staircase, roof are at the same time stage and boxes.”En ce sens, cela explique la décision de l’architecte de laisser l’espace public intérieur et en périphérie vide d’aménagement. L’utilisation d’un espace par le public dépend de nombreux facteurs, règles et concepts, dont celui de la notion de la limite de l’espace « edge of space » du manuel « responsive environments ».

 

 

Le projet remplie spectaculairement sa mission première, qui est créer une partie de la ville qui est connectée et non une entité indépendante. L’absence d’interface publique/privée à l’entrée des logements demeure sa faiblesse principale. Cependant, ce défaut pourrait théoriquement être allégé en planifiant un espace tampon à l’entrée des logements. L’espace semble pouvoir le permettre car, comme l’architecte l’a souvent mentionné, il a été conçu dans le but de pouvoir s’adapter aux différents besoins des occupants. Actuellement, l’espace public intérieur de Donnybrook brille par son absence de vie et ce, sept ans après la fin des travaux. Cependant, Peter Barber détient peut-être, malgré tout la réponse aux problèmes concernant le design de logements sociaux à Londres :

« A new question is emerging in my mind. What happens if you give people freedom to make their own homes? In describing the division of labour, Karl Max said « we are a stranger to the things we make. » This is pertinent in the context of mass housing provision. The house builders build everything for generic Mr and Mrs Absolutely Normal, and that is why most housing is incredibly boring. What would happen if we gave people the opportunity, maybe even the money to do their own thing? 60% of the social housing in Uruguay is built by small co-operatives householders employing their own architect, fulfilling their own desires and dreams. I wonder whether there is a model here which we could use in thinking about housing production and architecture. »

 

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